Fête des mères
Voilà une nouvelle fête des mères que j’aimerais te souhaiter. Nous dégusterions ensemble un délicieux gâteau au chocolat confectionné par mes soins, en compagnie de mes enfants, ton fils et sa famille. Je me revois lécher la cuillère en bois, avec laquelle tu venais de mélanger le chocolat fondu, dont tu t’apprêtais à recouvrir des choux maison, légèrement refroidis. Aucune garniture se s’avérait nécessaire, car ta pâte, bien que délectable, ne montait jamais et les petits choux restaient irrémédiablement plats. Pour autant, je ne les dévorais pas moins. J’avais 9 ans. C’était hier, pourtant. Il est vertigineux de réaliser à quel point les moments heureux du passé nous semblent à portée de main et comme les décennies qui nous en séparent s’égrènent avec allégresse, comme les fleurs de pissenlits blanches et sphériques, sur lesquelles l’on aime souffler, enfant, afin de les observer s’éloigner dans le ciel, plein de joie et d’espoir. Tes gestes m’accompagnent, invisibles désormais. Cette habitude que tu avais de t’asseoir sur le bord de mon lit, au moment du coucher, afin de prolonger ce temps ensemble, t’enquérir de mes rêves d’avenir, recueillir quelques confidences pas assez mûres pour être dévoilées durant le jour, me raconter des bribes de ton passé dans lequel je devinais une sourde souffrance que tu comprimais dans ta chair. Tes mains qui tressaient inlassablement mes longs cheveux, depuis ma plus tendre enfance. Ma joue que tu nettoyais avec ton pouce préalablement humidifié entre tes lèvres. Je crois que plus aucun parent ne perpétue ce geste, maintenant. Tu cousais pour moi de merveilleuses tenues. Je me souviens, en particulier, de cette robe en satin mauve, si soyeuse et mousseuse, que je croyais pouvoir la croquer et m’en délecter. Tu créais aussi de belles robes à fleurs et des plaids en patchwork. Et puis, tu m’avais fait la surprise d’une poupée de tissu aux longs cheveux de laine brune, plus grande que moi, vêtue d’anciens vêtement de mon frère. Je la nommais Sidonie et l’installais dans ma chambre, à côté de mes autres poupées, de mes peluches et de mes déguisements. Maman, toi qui m’as donné le goût des costumes, tu t’agaçais parfois que je change mes robes de princesses 5 ou 6 fois par jour, mais encore aujourd’hui, je ne me suis pas départie de mon engouement pour les costumes et les personnages de fiction.
J’aimerais te serrer dans mes bras, comme lorsque j’étais enfant. Tes bras ronds et plein de tendresse maternelle. Il m’arrive de vouloir oublier tes longs bras décharnés des derniers jours qui ne parvenaient plus à m’étreindre, ni même à se soulever, tes yeux trop grands et tes joues trop creuses. Mais là encore subsistait dans ton regard cette brillance empreinte d’une malice enfantine intacte et reflet de ton cœur pur. Puis tes yeux se sont clos, alors que le battement de ton cœur soulevait encore ta poitrine. Tu paraissais déjà à moitié dans l’au-delà et ne réagissait plus à rien, mais je t’ai su encore présente à toi-même lorsque, la dernière heure venue, des larmes ont roulé sur tes joues quand tu m’as su présente à tes côtés. Tu t’es endormie dans ma voix.
Sur les sentiers de ton jardin tant aimé, tu te promènes entre les roses, les magnolias, les camélias, les hortensias qui déploient leurs couleurs telles une aube.
Viendras-tu t’assoir encore sur le bord de mon lit, au cœur de mes nuits pâles où le sommeil s’enfuit comme un garnement qui vient de jeter au sol des claque-doigts ? J’aurais tant à te dire.
© Texte et photo Aliénor Oval – 31/05/2026

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