A l'or fin

Le bien le plus précieux de nos jours n’est pas l’argent mais le temps. Il semble que l’on passe sa vie à courir après. Sans répit ou si peu. Désormais, il faut toujours être plus rapide et plus performant. Faire plus, avec cette matière qui ne s’étire pourtant pas à l’infini, le temps. C’est vrai dans le monde du travail, où les journées n’offrent guère de respiration, et même dans notre vie personnelle, que l’on voit se consumer par les deux bouts, en raison de tâches toujours plus absconses et chronophages. L’informatique, internet et l’IA sont censés nous permettre de gagner un temps précieux et pourtant nous nous retrouvons aujourd’hui dépendants de multiples applications nécessaires pour la moindre démarche et sur lesquels il nous incombe de consigner toujours plus d’informations. Nous avons désormais des besoins que nous ignorions il y a 20 ans. Scroller sans fin sur des téléphones portables aux capacités toujours plus impressionnantes est devenue la nouvelle pandémie silencieuse. Le temps disparaît sans que nous en ayons même conscience. Trouver du temps pour soi devient un acte militant. Décider que lire un livre, marcher dans la nature, rire avec ses enfants, découvrir une exposition est plus important que d’avoir un intérieur rutilant ou de finir toutes ses démarches administratives. Tenir bon devant la perspective du binge watching devant Netflix et le scroll qui neutralise toute velléité de réflexion. Retrouver du temps à soi. Aller le chercher là où on le croyait perdu à jamais. Le prendre à bras le corps. Et se rendre compte à quel point il est précieux, car notre vie prendra fin un jour et il n’y aura pas de marche arrière. Seulement des souvenirs heureux ou malheureux, quelques regrets peut-être, des remords parfois. Qui aimerait lorsqu’il verra défiler sa vie devant ses yeux ne voir que des images sur des écrans d’ordinateur. Je me souviens de l’époque lointaine de mon enfance, quand le temps semblait une ressource inépuisable. Les journées passaient lentement et j’en savourais chaque seconde. Parfois je m’ennuyais et cela me paraît une chose si étonnante désormais, presque enviable, comme venant d’un autre monde. Le plus souvent, le rythme lent des journées me convenait et, dans le jardin, assise sur un muret en pierre, j’observais les allées et venues des fourmis dans les herbes, le vol gracieux des papillons et des libellules, les mouvements des branches charriées par le vent. J’étais happée par la vie, à la fois lente et tourbillonnante du jardin. Rien ne pouvait me troubler. J’étais le temps. Entre mes mains tout pouvait advenir. Dans mon esprit tout était possible. Et si la vraie liberté était de prendre son temps pour un jour se souvenir que l’on a pleinement vécu ?

Texte et photo – Aliénor Oval – 10/11/25


Commentaires

Articles les plus consultés