Après 2 mois
d’insupportable chaleur, je me réjouis de constater que la température s’est
rafraichie et que la pluie daigne tomber. Le ciel se grise. Parfois quelques
gouttes froides caressent nos joues et, à d’autres moments, une averse s’abat
drument, en nous laissant à peine le temps de rejoindre un lieu où s’abriter.
Lorsque j’ai remarqué les premières feuilles marron délavé, sur le sol, au
pied d’un arbre, encore verdoyant bien que jaunissant légèrement, j’ai senti un
petit pincement de joie dans mon cœur. L’automne est en route et l’été, si
cruel par la constance de sa chaude morsure, se termine enfin. Chaque année, je
constate à quel point les gens sont heureux, durant la période estivale, de
pouvoir se balader en T-shirt, se prélasser au soleil durant des heures sur un
transat, passer des après-midis entières à la plage, sous un soleil de plomb,
de se lever le matin avec la quasi-certitude du beau temps.
Pour les enfants, c’est le bonheur à l’état
pur, le graal attendu durant toute l’année scolaire. Pratiquement tous les
jours, ils pourront jouer dans le jardin, au parc, au bord de mer, sans
craindre la pluie qui ne fait, le plus souvent, que quelques brèves apparitions,
durant l’été. En ce qui me concerne, l’été est plutôt cette période cuisante,
durant laquelle je ne souhaite que me terrer dans ma grotte pour écrire, dans
un semblant d’illusoire fraîcheur, avec mes volets mi-clos, et tenter de ne
sortir qu’au crépuscule, lorsque la température devient enfin acceptable. Ma
peau d’un blanc de porcelaine ne souffre plus le soleil et dès qu’il me faut
m’y exposer, je couvre mon corps entier dans de longues et amples robes ou
jupes noires, ainsi que des kimonos ou chemisiers à manche longues. Des
vêtements noirs toujours. Il ne saurait en être autrement, en ce qui me
concerne. Mais il faut bien admettre que cela n’aide aucunement à supporter le
soleil, puisque cette couleur absorbe littéralement toute la chaleur. J’ai eu
l’occasion de le constater plus encore, lors d’une journée de tournage par 35°,
durant laquelle il me fallait évoluer en extérieur, entièrement vêtue de mes
longs habits noirs et de mon large chapeau noir. Une journée sèche, sans air,
hormis ce moment béni, en fin de journée, où nous avons fini de filmer, sous un
immense peuplier, bordant un lac. Emportée par une sensation de soulagement et
de reconnaissance inconditionnelle, envers la nature bienfaisante, tandis que
je dansais pieds nus sur l’herbe, ce fut à ce moment précis que je marchais sur
un lit d’orties, qui me rappela, sans équivoque, que certains jours, nous ne
pouvons guère échapper à notre condition. L’été s’achève doucement et je suis
heureuse le soir, lorsque je constate qu’il fait frais. Bientôt, toutes les
feuilles des arbres se pareront de teintes ocre et vermillon, avant de brunir
et de recouvrir le sol. L’automne est ma saison préférée. J’aime infiniment
l’odeur et le bruit de la pluie. Autant l’été est une période d’expansion,
autant l’automne est une saison repliée. Au creux des jours écourtés, dans la
lumière dorée, explose toute la poésie du monde et j’entends alors le souffle
des absents.
© Texte : Aliénor Oval –
Photo : Maria Oval – 15/09/25
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